TOULOUSE EUROSUDOUEST

Ouvert le 14/03/2019 à 00 heures par la commission d'enquête , ce registre est clos depuis le 30/04/2019 à minuit

CONTRIBUTION

Frédéric Boutet - Saint-chamant - 26/04/2019 10h11 - Registre numérique
Contribution à l’enquête publique sur le projet « Toulouse EuroSudOuest » du 14 au 30 avril 2019
Mesdames, Messieurs les commissaires enquêteurs,

En tant que « public » auquel est « présenté » le projet TESO, je le trouve abject, permettez, s’inscrivant dans la destruction totale de notre cadre de vie. Il représente le rêve de la toute puissance qui se perpétue, l’humain se croît Dieu, pour fuir la mort.

En introduction du dossier, le paragraphe qui motive l’aménagement TESO(1) dit que le projet « vise à former une centralité de première importance au cœur de la capitale d’Occitanie ». Je ne vois pas ce que veut dire « centralité ». Pourriez-vous leur demander et nous faire une réponse s’il vous plaît ?

Personnellement, le centre de ma vie, c’est mon habitat, mon quartier. J’ai longtemps habité Toulouse. Ma mère habite sur les hauteurs de Jolimont. Mes grand-parents ont acquis des appartements dans les années 1970. Nous y avons été étudiants, croisant Claude Nougaro qui achetait son journal. Nous avons apprécié la ville pour ce qu’elle était : une diversité d’habitants inspirés et pas trop pressés.

Le projet TESO, lui, vise à gentrifier c’est-à-dire uniformiser en regroupant, entassant, accumulant tous les gens qui sont fascinés et vivent par la vitesse de notre société occidentale. Je n’ai pas de croyances dans cette société, j’ai choisi de conserver un rythme normal de vie, je m’oppose à l’élimination de la diversité que représente ce projet.

Le même paragraphe nous informe qu’une ambition complémentaire est de « moderniser, agrandir la gare Matabiau, avec un projet de mobilité et améliorer la connexion aux autres modes de transport (métro, bus, vélos...) ». Mais où est donc ce « projet de mobilité » ? Pourquoi n’est-il pas soumis à l’enquête publique ? Pourquoi n’est-il pas annexé au dossier en vue de recueillir l’avis du « public » ?

Voici une question connexe à laquelle je voudrais une réponse précise : combien pèsent en euros et en énergie les mesures concrètes visant à améliorer la multimodalité des transports, par rapport à ce que pèse la construction de la tour  ? Je pressens que ce qui est entrepris ici l’est au nom de quelque chose qui est insignifiant dans l’ensemble final. On nous présente le projet comme motivé par l’intégration d’un parking à vélo dans la gare. En réalité, ce serait une tour de quarante étages enfoncée dans le cœur de Toulouse ! Avec son hôtel Hilton quatre étoiles, rien à voir avec les vélos !

De manière générale, l’absence de motivation écrite d’un projet n’est-il pas le signe typique de l’escroquerie ?

On trouve d’autres motivations écrites dans la demande de permis de construire de la tour : pièce H - PC4. Je signale que cette tour n’est pas mentionnée dans le paragraphe 1.1 « Le projet soumis à enquête publique ». Pourtant, quand je regarde l’imagerie de synthèse décrivant cet édifice pharaonique, je me demande comment cette tour, fait tâche dans le quartier en ombrageant tout ce qui est derrière, comment est-il possible de ne pas la mentionner en introduction de l’enquête publique ???!!!

Pour justifier la tour, on trouve : « Toulouse, capitale de l’Occitanie se doit de trouver des atouts qui lui permettent de consolider son statut de métropole à vocation internationale ». C’est clair : cette verrue ne serait pas pour les habitants de Toulouse. Elle serait pour les habitants des avions et des trains à grande vitesse.

Ceci ne représente les intérêts que d’une toute petite partie de la population. Durant le « State of the World Forum » de 1995 à San Francisco, cinq cents hommes politiques, leaders économiques et scientifiques sont arrivés à la conclusion que « dans le siècle à venir, 20 % de la population active suffiraient à maintenir l’activité économique mondiale »(2). En écrivant cette contribution, j’ai vraiment l’impression de faire partie de la majorité des 80 % restant.

Nous n’avons rien à gagner à ce que ces habitants éphémères de l’ère thermo-industrielle, ceux qui passent leur temps à cramer du kérosène et brûler de l’uranium 238, gagnent eux 6 minutes entre Bordeaux et Toulouse. Tout va déjà trop vite, les chefs d’entreprise n’ont plus le temps de rien. Et les pouvoirs publics veulent encore faire accélérer ces pauvres croyants abrutis à la tâche de développer le capitalisme dévastateur de planète ? Ils iront jusqu’au « burn-out », et ainsi leur progéniture. Comme Icare...

C’est un virus gagnant les régions les plus faciles du cerveau qui se répand comme la peste : cette idée qu’il faut moderniser sinon on serait à la traîne. Je ne pense pas que la situation de nos cours d’eau, de nos ressources pétrolières, de tout ce qui fait notre environnement social et environnemental soient bénéficiaires d’un projet comme TESO. La tour se pare de verdure ? C’est comme un obèse qui se serrerait la ceinture, comme un aveugle qui présenterait au concours pour devenir pilote de ligne, comme un violeur qui se persuaderait que « c’était pour son bien » à elle. À l’heure des discours officiels sur la situation dramatique de notre environnement, c’est bien une farce digne de Molière que d’habiller en vert le projet TESO. Le poète le dit mieux que moi : « À l’heure où la donne écologique est au rouge, c’est les plus grands pollueurs qui repeignent tout en vert »(3). Peut-être est-ce une allégorie à ce qui nous attend sur cette planète, que le projet TESO, cet ensemble de béton, de verre et d’acier, ait l’allure du paquebot Titanic, vu du haut des allées Jean Jaurès (page 6 du document H-PC4) ?

En résumé, qu’il y ait des aménagements à réaliser, c’est fort possible. Mais qu’il faille déménager pour laisser la place au T.G.V., c’est impossible. Je vous demande d’émettre un avis défavorable sans condition à toutes ces demandes de construction pharaoniques.

Je vous prie d'agréer mes salutations respectueuses.

Frédéric Boutet - Saint Chamant - Corrèze

(1) le paragraphe 1.1 du document « Objet de l'enquête, informations juridiques et administratives »

(2) Voir « Le piège de la mondialisation » http://bit.ly/2p4B0YP

(3) « Nous on désobéit » ; MC DUVAL